Je serai solide comme un Moaï 


I will be as strong as a Moai









I will be as strong as a Moaï


en français, plus bas *

November 2017
I’m walking along a dirt track, my backpack weighing down on my shoulders, my eyes heavy from the jet lag but I stay focussed, dazzled by the lush nature of the jungle which surrounds me. I’m on Tanna Island in Vanuatu in the South Pacific, I’m on the other side of the world but I feel for the first time very close to my father since he passed away almost three years ago. I am walking in his footsteps, on the roads he used 40 years earlier. I came here for a final journey with my father before letting go of him completely.
The culture here immerses me in a daily life where we live in symbiosis with nature so much so that it overflows. A ‘back to basics’ on several levels.
My father was a teacher on Tanna Island early in his career. Thanks to his stories and photographs I was able to trace many of his former students who told me about him and his desire to integrate fully into their community.
I combine his archives with my own photographs and it is sometimes difficult to distinguish between the two periods. These timeless images become witnesses to the preservation of the environment of these people and their culture. As they too are affected by globalization, they have made the decision to preserve their traditions which respect nature.
Having come to admire the Vanuatu people’s knowledge of the natural elements around them, I am inspired by this way of life and I come to the conclusion that each of us, in our own way, can help to protect our own land.


December 2017
Tanna, Vanuatu: I went to the crater at the top of Yasur volcano where I ‘poured’ yellow ginkgo leaves to symbolize my father’s ashes: a long time ago, he wanted us to scatter his ashes in this volcano. Realizing it would be a difficult task to accomplish, he then asked us to spread them in our garden in France. So we planted a ginkgo tree in this spot. In this way, I was able to share something from my home with these people and their environment.


30 January 2018
I crossed the Pacific. I’m in front of the Moai of Easter Island, these large statues that so inspired by father and that occupied my childhood. It’s impressive to see them in real life, in situ. What is the meaning of these impassive stones? Their eye sockets are empty but I can feel their gaze. Their presence is impressive. What do they want to tell us?
Today I came to them to ask for accountability because before his cancer took him away, my father messaged me to say ‘I will be as strong as a Moai’.
These monoliths made of volcanic rocks that have spanned time then questioned me about their survival and their preservation.


Finally, this journey, motivated by the loss of my father, forced me to confront an ambivalent reality: the life force of the people of the Pacific and their environment now having to face its own fragility with the impact of climate change and globalization. How will the next generation adapt to allow its territory and culture survive?



* français

Je serai solide comme un Moaï



Novembre 2017.
Je marche sur une route terreuse, mon sac à dos pèse sur mes épaules, j'ai les yeux lourds du décalage horaire mais je garde le cap, éblouie par la nature luxuriante des jungles qui m'entourent. Je suis sur l'île de Tanna au Vanuatu dans le Pacifique Sud, je suis à l'autre bout du monde mais je me sens pour la première fois tout près de mon père depuis qu’il nous a quittés il y a presque 3 ans. Je marche sur ses pas, sur les routes qu'il a utilisées 40 ans plus tôt. Je suis venue ici pour un dernier voyage avec mon père avant de le laisser partir complètement.
Cette culture m’a plongée dans un quotidien où nous vivons en symbiose avec la nature tant elle déborde. Un retour aux sources sur plusieurs plans.
Mon père était enseignant sur l’île de Tanna au début de sa carrière. Grâce à ses récits et à ses photos j’ai retrouvé nombreux de ses anciens élèves qui m’ont parlé de lui et de sa volonté d’intégration au sein de leur communauté.
Je mélange ses archives à mes propres photos et il est parfois difficile d’identifier à laquelle des deux époques nous nous situons. Ces images intemporelles deviennent des témoins de la préservation de leur environnement et de leur culture. Etant eux aussi touchés par la mondialisation, ils ont fait ce choix de pérenniser leur tradition qui respecte la nature. Admirative du savoir faire des habitants du Vanuatu qui utilisent les éléments naturels qui les entourent, je souhaite m’inspirer de ce mode de vie et je pense que chacun à son échelle peut contribuer à protéger sa propre terre.


Décembre 2017.
Tanna, Vanuatu : je suis allée en haut du cratère du volcan Yasur où j’ai versé des feuilles jaunes du Ginkgo symbolisant les cendres de mon père. Il y a longtemps il souhaitait que nous dispersions ses cendres dans ce volcan lorsqu’il serait mort. Réalisant qu’il s’agirait d’une tâche difficile à accomplir, il nous a demandé de les répandre dans notre jardin en France et nous avons planté un Ginkgo à cet endroit.
J’ai ainsi partagé moi-même quelque chose de « ma maison » avec eux et avec leur environnement.


30 Janvier 2018.
J’ai traversé le Pacifique. Je suis devant les Moaï de l’Île de Pâques, ces grandes statues qui passionnaient mon père et qui ont habité mon enfance. C’est impressionnant de les voir « en vrai », in situ. Que signifient ces pierres calmes? Elles n’ont pas ou plus d’œil dessiné, mais je sens leur regard. Leur présence est imposante. Que veulent-elles nous raconter?
Aujourd’hui, je suis venue leur demander des comptes parce que quelques temps avant que son cancer ne l’emporte, il m’avait écrit par message « Je serai solide comme un Moaï ».
Ces statues faites de roches volcaniques qui ont traversé les âges m’interrogent alors quant à leur survie et à leur préservation.


Finalement ce voyage motivé par la disparition de mon père m’aura confrontée à une réalité ambivalente : la force de vie des habitants du Pacifique et de leur environnement face à la fragilité de ces îles impactées par le changement climatique et la mondialisation. Comment la nouvelle génération va-t-elle s’adapter pour permettre la survie de son territoire et de sa culture?